Salariés sous pression à France Télécom

Publié le par Resistencia

Mobilisation . Plus d’un tiers des salariés du groupe étaient en grève hier pour dénoncer les départs forcés organisés par la direction, qui vise 22 000 suppressions d’emplois sur trois ans.

Autrefois, France Télécom représentait la sécurité de l’emploi. Aujourd’hui, la peur de l’avenir s’installe chez les salariés de l’opérateur historique privatisé, face aux objectifs de suppressions d’emplois fixés par la direction. En février 2006, le PDG, Didier Lombard, a annoncé son intention de réduire en trois ans les effectifs du groupe en France de 22 000 postes sur un ensemble de 108 000, dégraissage censé être compensé par 6 000 embauches.

Théoriquement, ces départs doivent être « volontaires ». Le hic, c’est qu’en parallèle, la direction a mis fin à la principale source de départs choisis, qui avait permis de « dégraisser » en douceur depuis dix ans : trop coûteux, le congé de fin de carrière (CFC), qui permettait aux agents de partir à cinquante-cinq ans avec 70 % du salaire, n’existe plus depuis le 31 décembre dernier. Or, après 10 000 suppressions de postes en 2006, il en reste autant à effectuer. « La pression psychologique, c’est tout ce qui reste à la direction pour atteindre ses objectifs énormes de suppressions d’emplois », déplorait, hier, Vincent, technicien chez France Télécom, à Paris, en grève dans le cadre de la journée d’action organisée par six syndicats (CFDT, CFTC, CGC, CGT, FO et SUD), pour protester contre les suppressions d’emplois et les pressions au départ exercées sur les salariés. Pour orienter les agents vers la sortie, la direction a créé des « espaces développement », sortes de cellules de reclassement qui proposent des mobilités vers la fonction publique (pour les fonctionnaires), ou bien une aide financière équivalant à deux ans de salaire pour une création d’entreprise (essaimage) ou un projet personnel. « À cause des réorganisations permanentes des services, des suppressions de postes à marche forcée, les gens en ont ras-le-bol, ils ont l’impression de ne pas avoir d’avenir dans l’entreprise, déplore Jean-Marc Lasoutanie, vendeur depuis dix ans dans une boutique France Télécom, et délégué CGT. Alors, ils finissent par avoir envie de partir. » « On supprime votre poste puis on vous inscrit d’office à l’espace développement », témoigne Christian, ancien cadre déclassé comme opérateur dans un centre d’appel 1014 à Paris. « Là, on vous incite à vous lancer dans la création d’entreprise, un truc "formidable", selon eux. » La direction joue sur le malaise des agents, entre autre des « anciens » : « Beaucoup sont encore très attachés au service public et vivent mal la privatisation et les nouveaux objectifs orientés uniquement vers la vente », témoigne Geneviève, cadre qui vient de partir en CFC. « L’esprit maison s’est délité petit à petit, et les changements permanents, les regroupements éclatements créent un stress énorme. C’est pourquoi tous ceux qui pouvaient partir en CFC l’ont fait. »

Hier, 26 % des salariés du groupe, selon la direction - 40%, selon SUD - ont répondu à l’appel à la grève, aussi pour dénoncer la dégradation des conditions de travail, et ce dans tous les services. « Dans les boutiques France Télécom, il y a un grand mal-être car on nous en demande toujours plus », témoignent trois vendeuses de l’Essonne, payées un peu au-dessus du SMIC. « Le matin les chefs nous réunissent, nous disent qu’on est mauvais, que l’entreprise va mal. Les objectifs sont sans arrêt revus à la hausse. En deux ans, les primes variables liées aux ventes ont chuté de 800 euros par mois à 300. On a peur d’être virées si on n’est pas assez performantes. Mais on n’a pas envie de forcer les clients à acheter. Avec leurs chiffres, ils nous poussent à la dépression. » Dans les centres d’appel, le constat est le même. « Les salariés sont gonflés à la PVV, la prime de vente », dénonce Christian, du 1014. « Quand on gagne 1 030 euros, on est bien obligé de tout faire pour toucher ces 200 ou 300 euros supplémentaires. Mais les critères sont sans cesse revus à la hausse. L’activité et l’efficacité des salariés sont contrôlées par un logiciel. Les collègues sont à bout. Chaque semaine, des gens tombent dans les pommes ou éclatent en pleurs. »

« on fait du curatif »

L’avenir de ces centres d’appel est menacé, puisque France Télécom a déjà sous-traité la moitié de cette activité, « et on pense que la totalité pourrait l’être d’ici fin 2007 », estime Christian, qui pointe la dégradation du service : « De plus en plus d’appels sont renvoyés d’un service à l’autre car les facturations sont de plus en plus compliquées et les sous-traitants sont peu formés. » L’externalisation massive concerne aussi les services techniques, où « la sous-traitance atteint 70 %, estime Vincent, technicien à Paris. Les équipes de terrain diminuent au fil des départs non remplacés, les agents France Télécom sont recasés dans des fonctions d’études ou d’encadrement de sous-traitants. Concrètement, le réseau n’est plus entretenu. Il n’y a plus d’investissements préventifs, on ne fait plus que du curatif ».

Source : l'Humanité - Fanny Doumayrou
Edition du 1er juin 2007

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Publié dans Politique en France

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