Suez devra accepter de payer pour sauver la fusion avec GDF

Publié le par Resistencia

Le mariage Suez-Gaz de France n'est pas mort, mais il doit surmonter deux obstacles de taille : les fortes réticences du chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy, à mener à bien le projet de son "ennemi" Dominique de Villepin ; et la parité d'échange entre les deux groupes.

Le premier ministre avait jusqu'à présent fixé l'arbitrage définitif pour "fin juin-début juillet". François Fillon se montre moins précis, vendredi 15 juin, dans un entretien au Figaro : "Les décisions seront prises dans les semaines qui viennent". Il indique que "ce rapprochement est pertinent" et que GDF "a un potentiel considérable et certainement vocation à accroître son périmètre".
Accaparés par les élections législatives, la relance de l'Europe et les dossiers macro-économiques, les politiques ne se sont pas encore saisis du dossier. Le ministre de l'économie, Jean-Louis Borloo, a bien reçu les PDG des deux groupes, mais l'affaire reste traitée par les plus proches collaborateurs de MM. Sarkozy, Fillon et Borloo, avec Bruno Bézard, le directeur général de l'Agence des participations de l'Etat. Alain Juppé, le ministre de l'écologie, en charge de la politique énergétique, ne veut pas être écarté de la décision.

Une chose semble acquise, il n'y a pas de "plan B" à la fusion pure et simple. Le scénario d'une offre publique de Suez sur GDF, testée fin mai auprès de Bercy par des dirigeants de Suez, a fait long feu (Le Monde du 31 mai). On est revenu à la case départ. "Nous jouons la même pièce, avec les mêmes acteurs et les mêmes décors, mais il faut convaincre Sarkozy que c'est différent", explique un protagoniste de l'opération.

Le problème se focalise sur la parité d'échange. Le PDG de Suez, Gérard Mestrallet, a promis à ses actionnaires qu'elle serait "juste et équitable". Or l'écart entre l'action de son groupe (40,86 euros) et celle de GDF (36,03 euros) oblige à leur verser environ 6 milliards d'euros.

Dans le montage envisagé, c'est Suez qui paiera cette somme. M. Sarkozy craint néanmoins que la CGT et la gauche n'accréditent l'idée que la privatisation de GDF et sa fusion avec Suez se fait au détriment de l'Etat actionnaire et au profit des grands actionnaires de Suez - notamment du premier d'entre eux, le financier belge Albert Frère. C'est là qu'est son souci politique.

SCHÉMA INITIAL

Certains proches du dossier suggèrent que Suez vende des actifs, dont le produit permettrait de rétribuer les détenteurs de titres Suez. Ainsi dédommagés, ils pourraient plus facilement accepter le schéma initial d'une "fusion entre égaux" (une action GDF vaut une action Suez).

Mais que vendre ? Et comment convaincre M. Mestrallet d'accepter une telle opération ? Il est peu probable qu'il l'approuve : d'abord parce qu'elle amputerait un groupe qu'il a mis dix ans à restructurer et à consolider autour des métiers de l'énergie et de l'environnement ; et ensuite parce qu'il plaidera que la politique de Suez ne se décide pas dans les sphères gouvernementales.

"Et pourquoi GDF ne grossirait-il pas ?" rétorque un observateur. Pour cela, il faudrait que le groupe présidé par Jean-François Cirelli voit sa capitalisation progresser et se rapprocher de celle de Suez. Ce qui ne se fera pas sans que l'Etat se désengage du gazier et le laisse fixer librement ses tarifs.

Source : lemonde.fr

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Publié dans Politique en France

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