Allemagne - Telekom, le conflit qui interpelle toute l’Allemagne
Les salariés de l’ex-service public luttent depuis trois semaines contre une augmentation du temps de travail assortie d’une baisse des salaires.
La force du mouvement de grève qui affecte l’entreprise Telekom (l’ex-Deutsch Telekom, l’opérateur public germanique) depuis trois semaines ne se dément pas. Le conflit a pris une dimension emblématique outre-Rhin, tant il traduit le ras-le-bol à l’égard de la politique de rupture antisociale à l’allemande de la grande coalition conduite par Angela Merkel. Les grévistes s’opposent à une restructuration qui vise à externaliser une grande partie des activités. 50 000 personnes sont ainsi menacées d’un déclassement pur et simple. Elles seraient en effet exclues, au passage, de leurs anciennes conventions collectives ce qui ferait passer leur semaine de travail de 34 à 38 heures pour une rémunération inférieure de 9 % en moyenne.
Mercredi, une « journée de solidarité » à l’appel du syndicat VerDi des services a connu un très large succès, plus de 50 000 personnes s’associant au mouvement pour exprimer uniquement leur soutien aux salariés en lutte. « Bien que beaucoup de gens soient touchés par les conséquences de la grève, nous enregistrons beaucoup de compréhension et de sympathie pour notre mouvement », a relevé Lothar Schröder, dirigeant de VerDi.
La popularité de la grève, phénomène plutôt rare en Allemagne, illustre aussi la crainte de nombreux salariés de voir leur propre statut menacé à l’avenir. Travailler plus pour gagner moins : l’issue du bras de fer a naturellement valeur de test pour tout le secteur des services.
Les actionnaires privés ont imposé à l’ex-service public un mode de gestion soumis à des logiques strictement financières.
Le groupe a réalisé quelque 3,1 milliards d’euros de profit en 2006, mais la progression des dividendes et de la valeur de l’action est toujours jugée « insuffisante ». D’où la restructuration planifiée. Celle-ci permettrait de redistribuer quelque 500 millions d’euros par an de la poche des salariés vers celle des actionnaires. Face au persistant refus de négocier de la direction les grévistes de Telekom ont décidé de poursuivre l’action et ont même planifié une intervention autour du G8 qui doit se dérouler la semaine prochaine à Heiligendamm sur la mer Baltique.
Source : l'Humanité - Bruno Odent
Edition du 1er juin