« SFR, on ne va pas se laisser faire ! »

Publié le par Resistencia

L’opposition des salariés de l’opérateur privé se renforce face au transfert vers des sous-traitants de sites clientèle à Lyon, Poitiers et Toulouse.
Toulouse, correspondant régional.

Colère et écoeurement sont les mots qui reviennent le plus souvent dans la bouche des salariés de SFR, filiale en majorité de Vivendi. Depuis la décision annoncée la semaine dernière par la direction de l’opérateur de téléphonie mobile de céder trois importants centres d’appels de son service clientèle et près de 2 000 emplois à deux sous-traitants. Avec Lyon (582 personnes), Poitiers (571 employés), le site de Toulouse emploie à lui seul 724 salariés. Ouvert en 1998 à grand renfort de fonds publics - 500 000 euros, rappellent et dénoncent aujourd’hui les élus locaux - et de « belles » promesses d’emplois, il devrait être livré à Infomobile, filiale de 250 personnes du groupe Teleperformance, après avoir appartenu à Bouygues jusqu’en 2004. Teleperformance, leader pour les centres de contacts téléphoniques, est déjà connu pour la précarité de ses emplois en constante rotation, les bas salaires, et l’externalisation d’activités vers la Tunisie et le Maroc.

« Depuis l’ouverture du site, nous avons contribué à l’évolution de la société, nous gérons de A à Z l’ensemble des besoins liés à la clientèle, aujourd’hui ils nous jettent comme des torchons en voulant nous imposer un autre employeur, un autre métier avec des emplois dévalorisés sans aucune valeur ajoutée, et des rémunérations en forte baisse », témoignent, ulcérées, Audrey, quarante ans, et Laurence, trente et un ans, toutes deux conseillères clients à Toulouse. Hier en fin de matinée, elles ont participé avec 200 à 300 collègues du site toulousain au débrayage, à l’assemblée générale, puis à la manifestation pour rejoindre celle des personnels de France Télécom en lutte contre des milliers de suppressions d’emplois.

Comme dans les autres sites de SFR, et pas seulement les trois concernés, au dire des responsables syndicaux, la mobilisation s’avère très importante. Une manifestation nationale à Paris de tous les centres est annoncée pour le 5 juin. « Nous refusons de négocier tout plan d’externalisation qui à terme n’est pas autre chose qu’un plan de licenciement déguisé », avertit Abdelkader Semail, délégué de l’UNSA. Pour Philippe Tréhout, élu de la CGT au comité de groupe Vivendi et au CCE de SFR, le choix de la direction vise avant tout à sauvegarder coûte que coûte la marge opérationnelle. Elle avoisine chez SFR les 40 %. « Nous sommes confrontés, comme dans d’autres secteurs à Toulouse, à un mouvement général et grave d’externalisation, explique-t-il, ils cèdent dans un premier temps des sites à des sous-traitants, ils exercent des pressions sur les coûts qui tirent au plus bas les salaires, ils les mettent ensuite en concurrence et les contraignent souvent à délocaliser vers des pays où règne la surexploitation. »

« Les actionnaires ne se contentent pas des 1,7 milliard d’euros qu’ils ont empochés l’an passé, les salariés sont à leurs yeux encore trop payés (le SMIC plus 10 % en moyenne après plusieurs années d’ancienneté - NDLR) et pas assez malléables », soulignent les syndicats CFDT, CFE CGC, CFTC, CGT, FO com et UNSA, engagés en commun dans le mouvement.

Source : l'Humanité - Alain Raynal
Edition du 1er juin 2007

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Publié dans Politique en France

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