Le chiffre officiel baisse, la polémique grandit

Publié le par Resistencia

Emploi . Selon le gouvernement, le taux de chômage serait de 8,2 % et aurait baissé de 1,2 % en avril. Ces statistiques sont très contestées.

Le taux de chômage aurait été ramené à 8,2 % et la barre très symbolique des 2 millions de chômeurs serait en vue. Les chiffres, donnés à titre provisoire, mercredi par le ministère de l’Emploi, sont ceux calculés au sens du BIT, le Bureau international du travail. Le nombre de chômeurs en France aurait baissé en avril de 1,2 % (- 25 300 personnes) à 2,01 millions exactement. Il s’agit du nombre de demandeurs d’emploi de catégorie 1 qui sert de baromètre officiel en France depuis 1995. Il serait en diminution de 11 % sur un an.

Le conditionnel s’impose plus que jamais face aux imperfections de cet indicateur. Publié et médiatisé chaque mois, le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie 1 ne concerne en effet que les personnes « immédiatement disponibles, à la recherche d’un CDI à temps plein et ayant travaillé moins de 78 heures dans le mois ». Ne s’en tenir qu’à ce chiffre masque par exemple sur avril une hausse de 8,1 % (données brutes) des radiations administratives, ce qui est une façon artificielle de réduire le taux de chômage. Une révision des statistiques doit avoir lieu mais a été repoussée à l’automne, pour des raisons officiellement « techniques », ce qui a déclenché une grève parmi les statisticiens du ministère de l’Emploi le mois dernier. De plus, Eurostat, l’organisme de statistiques européen, avait révisé à la hausse le taux de chômage français à 8,8 % dès février, au lieu des 8,4 % annoncés par le gouvernement, ce qui a alimenté la défiance vis-à-vis du taux de chômage officiel, tel que publié chaque mois.

Des statisticiens, économistes et experts sociaux appellent à d’importantes refontes comme ce fut le cas lors des états généraux des chiffres du chômage, mardi à Paris (l’Humanité du 30 mai). Le statisticien Stéphane Jugnot a jugé « inutile » l’analyse « mois par mois » des chiffres mensuels du chômage. Pour Esther Duflo, économiste au MIT (Massachusetts Institute of Technology), « il faut (...) se concentrer sur les statistiques trimestrielles de l’enquête emploi de l’INSEE » (voir les Échos du 31 mai). Dans la même veine, Raymond Torres, économiste à l’OCDE, a souligné que « le taux de chômage est un indicateur de moins en moins pertinent pour juger de l’efficacité du marché de l’emploi ». La polémique grandit.

Source : l'Humanité - Sébastien Ganet
Edition du 1er juin 2007

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Publié dans Politique en France

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