Discrimination : « Ils mont obligé à baisser mon pantalon »
Discrimination . Humilié par sa hiérarchie, un ancien salarié handicapé de France Télécom exige réparation devant le tribunal.
Alexandre Ntsangha ne s’en est jamais remis. Les faits, pourtant, remontent à janvier 1995. Entré dix ans plus tôt à France Télécom, il occupe un emploi réservé en tant que personne handicapée au centre de renseignements téléphoniques de Nanterre (Hauts-de-Seine). En effet, depuis l’âge de quatre ans, Alexandre Ntsangha est atteint de poliomyélite. Une maladie incurable qui le contraint à se déplacer à l’aide de béquilles. Mais un jour, une de ses supérieurs croit le reconnaître sur le parvis de La Défense, marchant sans aucune difficulté, tandis qu’il est en arrêt maladie. Se propage alors l’ignoble rumeur, qui durera pendant près de cinq mois : Alexandre Ntsangha simulerait son handicap. « On me regardait comme si j’étais un tricheur », se souvient-il. Son invalidité à 90 % reconnue par la COTOREP, ainsi que par les experts de France Télécom lorsqu’il a été recruté n’ont, dans ces moments de médisance, plus aucune valeur.
Plusieurs mois plus tard, Alexandre Ntsangha est convoqué dans le bureau du directeur, en présence de deux autres responsables dont celle qui l’a soi-disant aperçu. Un moment d’humiliation pendant lequel il s’estime « discriminé », « harcelé ». Devant la suspicion de sa hiérarchie sur la réalité de son handicap, Alexandre Ntsangha est à bout. « Ils m’ont poussé à baisser mon pantalon pour leur prouver mon infirmité », témoigne l’homme blessé. « Je suis sorti du bureau en pleurant et je n’ai jamais pu remettre les pieds dans l’entreprise », poursuit-il. De la part de médecins du travail, Alexandre Ntsangha aurait sans doute davantage accepté la situation mais il considère que ses supérieurs ont porté atteinte à sa dignité.
S’en suivent une longue dépression et une retraite anticipée pour invalidité. Aujourd’hui, le salarié attend une réparation et se dit prêt à reprendre une activité s’il est réintégré en CDI. « Je perçois 500 euros par mois depuis dix ans. Si on fait le calcul, j’ai perdu au moins 120 000 euros. Sans parler du préjudice moral », affirme Alexandre Ntsangha qui a déposé une plainte en 2000. À défaut de pouvoir poursuivre ses ex-employeurs au pénal pour cause de prescription, il saisit le tribunal de grande instance qui a mis l’affaire en délibéré jusqu’au 24 avril.
Source : l'Humanité - Ludovic Tomas
Edition du 29 mars 2007