Victoire pour « les quatre de La Rochelle »
Liberté syndicale . La cour d’appel de Poitiers a relaxé les quatre militants CGT poursuivis pour l’incendie du siège rochelais du MEDEF.
« Les faits reprochés aux prévenus ne peuvent [...] être qualifiés ni d’incendie volontaire et de complicité de délit, ni d’incendie involontaire et de complicité de ce délit, et ne peuvent recevoir aucune autre qualification pénale ». Le verdict rendu hier la cour d’appel de Poitiers est on ne peut plus clair et net. C’est bien « une victoire totale », comme l’a aussitôt relevé le secrétaire de l’union départementale CGT de la Vienne Bernard Viot, que viennent de remporter les quatre militants syndicaux poursuivis pour l’incendie du siège du MEDEF de La Rochelle en juin 2003. Et, du même coup, une défaite cinglante pour le mouvement patronal à l’origine des poursuites et qui comptait bien mettre à profit cette affaire pour poursuivre son entreprise de criminalisation de l’action syndicale.
Les faits remontent au 5 juin 2003. Les manifestations contre la réforme Fillon des retraites battent leur plein dans tout le pays. À La Rochelle, 1 500 personnes participent au défilé qui les conduit jusqu’au siège local du MEDEF. Aucun incident n’est à signaler, jusqu’au moment où un fumigène posé contre la porte du bâtiment enflamme des pneus déversés sur le parvis. Des manifestants tentent d’éteindre les flammes, mais, première bizarrerie dans un événement qui en comptera beaucoup, ils en sont empêchés par deux individus inconnus des syndicats.Le soir, la télévision diffuse les images spectaculaires de pompiers secourant avec la grande échelle des personnes montées sur la terrasse de l’édifice, alors que l’escalier de secours était accessible, épargné par les flammes...
À Paris, sans attendre le début du commencement d’une enquête, le MEDEF se fend d’un communiqué qualifiant l’incendie « d’acte terroriste ». Dans la foulée, on apprend l’interpellation de deux manifestants, l’un agent de la collectivité territoriale de La Rochelle, l’autre de la direction départementale de l’équipement (DDE) de Charente-Maritime. Par la suite, deux autres agents de la DDE seront également poursuivis. Tous sont syndiqués CGT. Tous mis en examen pour incendie volontaire.
La riposte contre cette « tentative de criminalisation du mouvement social » s’organise. Mille cinq cents personnes se retrouvent dans un comité de défense des « quatre de La Rochelle ». Le 30 mars dernier, lors de leur comparution devant le tribunal correctionnel, ils sont cinq mille qui crient leur solidarité dans les rues de la ville et réclament la relaxe des syndicalistes. Le 1er juin 2006, en première instance, deux des quatre militants sont relaxés et les deux autres condamnés à un mois de prison avec sursis et à payer solidairement plus de 1 million d’euros au MEDEF et à son assureur AGF. L’équivalent de quarante années de salaire pour des salariés gagnant à peine plus de 1 000 euros. En appel, le 8 décembre, des peines de six mois avec sursis pour l’un des prévenus et de quatre mois avec sursis pour les autres avaient été requises. Ce jour-là, la protestation montait aussi d’un cran, dix mille personnes venues de toute la France défilant dans Poitiers à l’appel de la CGT. Tandis que les défenseurs des accusés mettaient en évidence à la fois le vide du dossier et les circonstances très troubles de l’incendie. Hier, la cour d’appel a donc innocenté « les quatre de La Rochelle ». Un jugement qui, a aussitôt souligné la CGT, constitue « un point d’appui pour la démocratie sociale et la défense du droit à manifester et à revendiquer ».
Source : l’Humanité - Yves Housson
Edition du 20 janvier 2007