Sarkozy garde un oeil sur la police
Sécurité . Le président bombarde un proche au poste stratégique de directeur général de la police nationale.
Michèle Alliot-Marie sera bien encadrée. Non contente d’être placée sous la tutelle de l’Élysée, via le Conseil de sécurité intérieure dont Claude Guéant a pris les rênes, la nouvelle ministre de l’Intérieur voit débarquer au poste stratégique de directeur général de la police nationale un autre proche du président de la République : Frédéric Péchenard. Patron depuis 2006 de la police judiciaire parisienne (le fameux « 36, quai des Orfèvres »), ce policier à la brillante réputation continue ainsi sa fulgurante ascension dans l’ombre de Nicolas Sarkozy.
Les deux hommes, présentés comme des amis d’enfance (leurs mères étaient voisines) s’étaient longtemps perdus de vue. Jusqu’en 1993, où « Frédéric », numéro 2 de l’antigang, retrouve « Nicolas », maire de Neuilly, lors de la prise d’otages dans une école maternelle de la ville. Depuis cet épisode, ils se vouent, paraît-il, une admiration réciproque.
Dans la maison police, Frédéric Péchenard, loué pour son professionnalisme, effectue un parcours quasi sans faute. En 2003, Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, lui confie même la tête de la sous-direction des affaires économiques et financières de la police judiciaire, en charge d’affaires extrêmement sensibles (Elf, Clearstream...). Cette même année, le grand flic reçoit les insignes de la Légion d’honneur. Remises par qui ? Par Nicolas Sarkozy, en personne, devenu entre-temps ministre de l’Économie.
En 2004, changement de décor : Frédéric Péchenard voit la direction du « 36 » lui échapper. Dominique de Villepin, nouveau ministre de l’Intérieur, se méfie trop de ce « sarkozyste de coeur ». Une « injustice » que Nicolas Sarkozy, revenu aux affaires, réparera en juin 2006, avant de le bombarder, à peine un an plus tard, à la tête des 136 000 policiers de France. Cette nomination express fait sourire les bons connaisseurs de la maison. « Passer, d’un bond, de la police judiciaire à la direction générale ? C’est plutôt rapide, même très rapide ! »
Source : l'Humanité - Laurent Mouloud
Edition du 25 mai 2007