« Presque toutes les entreprises travaillent avec des gens sans contrat »

Publié le par Resistencia

Adjoint communiste au maire de Modane, responsable CGT, Jean Fedo parcourt depuis des années le terrain miné où Souleymane P. a dû travailler. Témoignage.

« La vallée est sinistrée. Elle a perdu tout son acquis industriel. Il n’y a plus de véritables emplois stables et les services publics sont, eux aussi, sinistrés. Les emplois saisonniers et précaires ne peuvent pas asseoir la vie d’une région. Tout le monde s’est rabattu sur le tourisme, sans y croire vraiment, sans investir dans des infrastructures de qualité qui auraient pu attirer un public plus riche. Ce sont des classes moyennes qui viennent ici, des salariés qui bénéficient de centres de leur comité d’entreprise. Mais avec les filialisations, licenciements, restructurations, les C.E. eux-mêmes sont en difficulté. On a rêvé d’or blanc, mais, cet hiver, des studios pour quatre personnes étaient loués 59 euros par personne, TGV depuis Paris et remontées mécaniques compris. Les stations sont au bord de la faillite. La fréquentation a été en moyenne de 14 % cet été et cet hiver a été une véritable catastrophe. Cette réalité, les tenants de la majorité préfèrent ne pas le dire ou ne pas le voir.

Les communes vendent leurs terrains pour tenter de récupérer taxe foncière et taxe sur le foncier bâti et confient les aménagements à des promoteurs. Qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs, ils ont tous la même finalité avec les mêmes méthodes : grignoter un euro par-ci par-là et plusieurs milliers ou des dizaines de milliers si possible. C’est incommensurable. Ils rognent sur tous les matériaux, qu’ils ne payent même plus parfois. Ils vont jusqu’à faire des économies sur le calibre des câbles. Alors, il ne faut pas imaginer qu’ils vont payer la main-d’oeuvre en respectant la loi et le droit du travail. Pratiquement toutes les entreprises du bâtiment, dans les stations des vallées, travaillent avec des gens sans contrat - avec ou sans papiers - mais, avant tout, sans contrat. L’absence de contrat rend caduque toute poursuite judiciaire sur le droit du travail en prud’homme. Personne ne peut réclamer son dû s’il n’a pas de preuve écrite de son travail. Sa parole, ses témoins ne sont d’aucune utilité. Je ne révèle rien que tout le monde ne sache : direction de l’emploi, inspection du travail sans moyens, gendarmerie, élus... Des milliers de lits sont construits dans ces conditions ; jusque dans ce village de 433 habitants, au fin fond d’une vallée. La gendarmerie, quand elle intervient, n’aboutit qu’à arrêter des gens en situation « irrégulière » et à faire disparaître l’entreprise incriminée. Une autre prend sa place pour poursuivre le travail dans les mêmes conditions...

La majorité de citoyens qui, ici, vote Sarkozy ou Front national, soi-disant pour se débarrasser des étrangers et de l’immigration, n’a aucun scrupule à s’en servir, sans respecter la loi, parce qu’elle a peur pour son propre avenir. Ce sont des négriers. »

Source : l'Humanité - Propos recueillis par E. R
Edition du 25 mai 2007

Publicité

Publié dans Politique en France

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article