Une postière indemnisée après 150 CDD

Publié le par Resistencia

Tarn . Les prud’hommes d’Albi ont condamné La Poste à verser 13 800 euros à une guichetière employée pendant neuf ans en contrats précaires.

Une belle réparation, pour des années de précarité totale. Mardi, le conseil des prud’hommes d’Albi dans le Tarn a condamné La Poste à verser 13 800 euros à l’une de ses salariées, Cendrine Cadars, qui avait effectué 150 contrats à durée déterminée (CDD) en neuf ans. De 1991 à 2001, cette femme de trente-huit ans a travaillé en contrats courts à La Poste du Tarn, de la Haute-Garonne et de l’Eure, avant d’être finalement embauchée en CDI à temps partiel.

Carrière reconstituée

« Comme des milliers de salariés du premier employeur de France qu’est La Poste, cette guichetière a subi la précarité la plus complète, dénonce Thomas Barba, défenseur syndical CGT. La Poste l’appelait en fonction de ses besoins, la veille pour le lendemain, parfois pour des contrats d’un jour seulement. Après des années de travail, elle touchait toujours le salaire d’une débutante. »

« La Poste a réalisé ainsi des économies colossales sur tous ces contractuels. » Ces CDD successifs étaient illégaux car ils ne correspondaient pas aux cas de recours autorisés par le Code du travail (accroissement d’activité, remplacement d’un salarié absent) mais visaient à pourvoir des postes permanents de l’entreprise. Par ailleurs, le Code du travail autorise un seul renouvellement de CDD, pour une durée maximale de dix-huit mois. En départage, les prud’hommes ont donc accordé à la guichetière 3 000 euros au titre de la requalification de ses 150 contrats en CDI, 10 000 euros de dommages et intérêts et 800 euros pour les frais de justice.

« Nous avons aussi gagné la reconstitution de la carrière, avec une reprise de l’ancienneté depuis 1991, se félicite Thomas Barba. La guichetière va voir son salaire augmenter de 15 % à 20 %. » Selon le syndicaliste, La Poste a essayé de rejeter cette demande en s’appuyant sur les deux périodes où Mme Cadars n’a pas travaillé, à la naissance de ses enfants. « Mais j’ai souligné que si elle avait arrêté de travailler, c’est parce que La Poste ne l’a plus appelée, connaissant son état. Si elle avait été embauchée en CDI, ces périodes auraient été prises en charge en congé maternité ou parental. »

Délais trop longs

Mardi, Cendrine Cadars s’est dite « satisfaite » de cette décision, qu’elle a toutefois attendue longtemps puisqu’elle avait porté l’affaire en justice il y a un an. Des délais qui mettent Thomas Barba en colère : « Pour les affaires de requalification de CDD, le Code du travail prévoit une procédure accélérée qui oblige les prud’hommes à statuer dans un délai d’un mois après la saisine. Mais les avocats patronaux obtiennent trop facilement des reports d’audience. C’est une stratégie pour faire traîner les choses, dégoûter les salariés, et parfois La Poste en profite pour leur faire signer des transactions totalement défavorables. » Le syndicaliste cite ainsi des reports accordés à un avocat au simple motif qu’il n’avait pas eu le temps de préparer le dossier.

Face à ce dysfonctionnement, M. Barba a saisi le procureur de la République du tribunal de grande instance d’Albi. Mercredi prochain, toujours aux prud’hommes d’Albi, le cégétiste défendra le cas d’une postière du Tarn ayant effectué 247 CDD sur vingt-trois ans.

Source : l'Humanité - Fanny Doumayrou
Edition du 18 mai 2007

Publicité

Publié dans Politique en France

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article