Les actionnaires d’EADS s’octroient 99 millions d’euros.
Aéronautique . Lors de l’assemblée générale des actionnaires, une majorité de 52,05 % a voté un dividende maximum, soit 12 centimes par action.
La direction se charge de dépecer les effectifs. Les actionnaires se chargent, eux, de trancher dans le vif. À la majorité, ils ont décidé de s’octroyer l’ensemble du bénéfice de l’année 2006, soit les 99 millions d’euros. Par action, le dividende sera donc de 12 centimes. L’ambiance était, semble-t-il, des plus tendues lors de l’assemblée générale tenue vendredi matin à Amsterdam. Le conseil d’administration d’EADS n’avait pas réussi à décider, juste avant l’assemblée, d’octroyer ou non un éventuel dividende au titre de l’exercice 2006. Aucune proposition aux actionnaires n’avait été soumise. Le groupe Lagardère (qui devrait passer de 15 % du capital à 7,5 %) a déclaré vouloir renoncer à sa quote-part, soit 15 millions d’euros, soit-disant par solidarité avec les salariés. L’État français, également actionnaire à 15 %, pourrait faire de même. Pour leur part, les salariés de Nantes et Saint-Nazaire d’Airbus ont refusé les nouvelles propositions de la direction, soit une augmentation salariale de 2,5 %, lors d’une première réunion de négociations salariales à Toulouse, et une prime exceptionnelle de 500 euros versée à l’ensemble du personnel le 1er juin. Les salariés réunis en coordination et des syndicats ont élaboré une plate-forme revendicative commune. Ils réclament le versement de primes exceptionnelles correspondant aux montants de l’intéressement et de la participation de l’année dernière (1 970 euros et 2 200 euros en 2006). Dans un premier temps, les dirigeants d’EADS n’avaient consenti aucune prime et n’avaient octroyé que 2,88 euros d’augmentation salariale pour 2007 (voir notre édition du 4 mai). Un bras de fer va semble-t-il s’engager tant les exigences des uns et des autres sont éloignées.
La direction va oeuvrer pour rassurer ses actionnaires. La suppression de 10 000 emplois ainsi que la maigreur des propositions salariales doivent servir à maintenir la confiance parmi les détenteurs de parts de capital et surtout à permettre d’en attirer de nouveaux. Rudiger Grube, nouveau coprésident du conseil d’administration d’EADS, a en effet indiqué que la question d’une augmentation de capital se posait. L’appel à de nouveaux fonds propres pourrait s’avérer nécessaire pour financer, entre autres, le développement de l’A350 XWB (environ 10 milliards d’euros). Les membres du conseil d’administration ont toutefois estimé qu’une telle opération ne pouvait être lancée qu’après des « progrès tangibles » en termes de réduction de coûts. Pour entrer au capital, de nouveaux actionnaires demanderaient d’abord des résultats significatifs sur la mise en oeuvre du plan Power 8. Après une division par seize du résultat d’EADS en 2006, la direction est sous la pression de ses actionnaires. Leur demandant d’attendre les premiers effets des réductions de coûts, la direction a d’ores et déjà fait savoir qu’elle s’attendait, pour 2007, à une « légère baisse » de son chiffre d’affaires et à un « free cash-flow négatif ». Tendre à ce point toute l’entreprise vers l’objectif ultime de « flux de trésorerie disponible » pour l’actionnaire risque d’enfermer plus encore Airbus dans une impasse industrielle et sociale.
Source : l'Humanité - Sébastien Ganet
Edition du 7 mai 2007