Renault : un suicide reconnu accident du travail
Automobile . Le PDG du constructeur français, Carlos Ghosn, a reconnu des « tensions objectivement fortes » pour les ingénieurs du groupe.
Un camouflet pour la direction de Renault. La Caisse primaire d’assurance maladie des Hauts-de-Seine a reconnu comme accident du travail le suicide, le 26 octobre dernier, d’un cadre du Technocentre de Guyancourt (Yvelines), frappé par deux autres drames similaires cet hiver. Antonio B., ingénieur en informatique de trente-neuf ans et père d’un garçon de onze ans, s’était jeté du cinquième étage du bâtiment principal. « Depuis la rentrée, il avait atteint un seuil critique, explique Rachel Saada, l’avocate de sa veuve. Il s’inquiétait pour son avenir, pour ses missions, il était surmené et régulièrement mis en cause par un membre de sa hiérarchie. » Sur un site, le Technocentre, où les cadres sont chargés d’imaginer les nouveaux véhicules de la marque au losange dans le cadre du plan « Contrat 2009 » de Carlos Ghosn, qui fixe des niveaux très élevés de rentabilité.
À la mi-janvier, la CPAM avait d’abord refusé de classer le suicide d’Antonio B. en accident du travail, après une enquête « bâclée » selon l’avocate. Rachel Saada : « On est simplement passé d’une décision aberrante, qui pouvait donc être soupçonnée de parti pris, à une décision qui ne fait qu’appliquer le droit. » En effet, dans le cas d’un suicide sur le lieu de travail, c’est à l’employeur de faire la preuve que ce geste n’a aucun rapport avec l’activité salariée. D’ailleurs, mercredi à l’occasion de l’assemblée générale des actionnaires de Renault, Carlos Ghosn a reconnu l’existence de « tensions objectivement fortes » pour les ingénieurs du groupe. Il faut « identifier les situations dans lesquelles nos collaborateurs sont seuls en face des difficultés », a-t-il précisé, rappelant la mise en place d’un plan de soutien aux personnels de Guyancourt à la fin février.
La décision de la CPAM, dont la veuve d’Antonio B. a eu connaissance par courrier jeudi, mais qui peut encore être contestée par Renault, doit permettre à la famille du salarié de toucher une rente (à la charge de l’entreprise). « Nous allons maintenant aller devant le tribunal des affaires sanitaires et sociales pour tenter de faire reconnaître la faute inexcusable de l’employeur, selon l’avocate Rachel Saada. Il avait une obligation d’assurer la sécurité et de protéger la santé physique et mentale de son salarié. »
Source : l'Humanité - Lénaïg Bredoux
Edition du 5 mai 2007