Irak - Menace de crise politique majeure à Bagdad
Irak . En se retirant du gouvernement, le mouvement chiite radical de Moqtada Sadr, principale force au Parlement, menace de le faire chuter.
Le mouvement chiite de Moqtada Sadr s’est retiré hier du gouvernement « d’union nationale » du premier ministre, Nouri Al-Maliki. Il disposait de six portefeuilles au sein de l’exécutif irakien. Principale raison de cette décision, le refus du chef du gouvernement irakien d’établir un calendrier de retrait des forces américaines d’Irak. Le 9 avril, à l’appel du mouvement de Moqtada Sadr, dans la ville sainte de Najaf, une manifestation de plusieurs centaines de milliers de personnes avait réclamé le départ des forces d’occupation étrangère d’Irak.
Pour l’heure, le mouvement de Sadr donne l’impression de ne pas chercher la rupture. « Les affaires des six ministères devront être remises aux mains du gouvernement lui-même, en espérant que ce gouvernement confiera ces responsabilités à des structures indépendantes qui veulent servir les intérêts de la population et du pays », a-t-il indiqué hier. Reste qu’avec ses 32 députés, il représente la plus importante force au sein de l’Alliance unifiée irakienne (130 sièges sur 275), la coalition chiite parlementaire. Et que sans l’appui de ces 32 députés, le gouvernement de Maliki ne disposera plus de majorité parlementaire. Par conséquent, il est permis de penser que le retrait de ses six ministres n’est qu’une étape dans la pression exercée par le mouvement de Moqtada Sadr sur le gouvernement afin qu’il se décide à demander aux États-Unis un calendrier de retrait de leurs forces. Pour l’heure, le premier ministre, Nouri Al-Maliki, fait mine de sous-estimer la menace que fait peser sur son gouvernement son allié chiite radical. Si Nouri Al-Maliki a estimé qu’il ne voyait pas « l’utilité d’un calendrier de retrait » des troupes américaines, il n’en reste pas moins que son gouvernement n’est pas à l’abri d’un retrait de confiance de son allié chiite radical au sein du Parlement irakien.
Cette crise politique menaçant l’exécutif irakien cache sans doute autre chose que le désaccord autour du retrait des forces d’occupation. Il porte également sur le déploiement des forces américaines à Bagdad, décidé par Washington pour stabiliser la situation dans la capitale irakienne et faire diminuer la violence. Il se trouve que ce renforcement sécuritaire vise également les milices chiites de Moqtada Sadr. Plusieurs opérations de désarmement de ces milices sur fond d’arrestations de plusieurs responsables et proches de Moqtada Sadr ont eu lieu depuis le début de l’année. Les milices du chef radical chiite sont en effet accusées d’exécutions extrajudiciaires de détenus et de civils sunnites, d’expulsion par la force de familles sunnites des quartiers chiites de Bagdad, et par conséquent d’avoir contribué à l’aggravation des conflits interconfessionnels (chiites/sunnites) en Irak. De fait, à travers le retrait de ses six ministres, Moqtada Sadr, qui donne l’impression d’avoir plongé dans la clandestinité, adresse un message au gouvernement afin que cesse la pression exercée contre ses forces sous peine de le faire chuter à la première occasion.
Edition : l'Humanité - Hassane Zerrouky
Edition du 17 avril 2007