La fin tardive du calvaire dun anti-CPE
PARIS . Vendredi, le tribunal correctionnel a relaxé Gabriel, qui était poursuivi par son ancien proviseur.
« C’est la fin d’un très mauvais gag », soupire son père. Gabriel Gauffre, lycéen de dix-neuf ans, est ressorti vendredi soulagé et innocent de la 30e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Depuis plus d’un an, son ancien proviseur du lycée Louis-Armand (15e arrondissement) le poursuivait de sa vindicte pour de prétendues « violences commises avec une arme par destination ». En l’espèce... un oeuf.
Les faits remontent au 21 mars 2006. En pleine fronde anti-CPE, Gabriel manifeste avec 200 autres élèves devant l’établissement. Jean-Armel Le Gall, le proviseur, sort pour calmer le jeu. Il devient la cible d’un ou deux oeufs. Qui est le lanceur ? Il n’en sait rien. Mais Gabriel, arrêté plus tard dans l’après-midi par des policiers qui pensent tenir là un meneur, devient vite le coupable idéal. Jean-Armel Le Gall lui réclame donc 800 euros pour préjudice moral, plus 1 000 euros pour les frais de justice.
Un oeuf, ça salit les vêtements. Mais aussi une « fonction », tonne la procureure. Elle requiert 80 heures de travaux d’intérêt général pour réparer cette « humiliation ». À la barre, Gabriel nie en bloc. Et d’ailleurs, dans ce dossier, « rien n’est clair » souligne Me Fabien Arakemian, l’avocat du jeune homme. Le jour de la manif, des policiers, postés au 6e étage d’un immeuble voisin, ont vue plongeante sur l’agitation. Dans leur rapport, ils ne parlent pas d’oeuf. De même, un projectile a atterri sur un homme qu’ils n’identifient pas comme étant le proviseur mais une personne « avec un manteau gris ». Autre chose : Jean-Armel Le Gall assure que l’oeuf s’est écrasé sur son visage. Mais selon le PV du brigadier, c’est « sur l’épaule »... Même flou quant à l’identification du coupable : au moment exact des faits, les policiers en planque n’avaient plus de batterie dans leur caméscope ! « C’est en raison de toutes ces incohérences que le parquet, dans un premier temps, n’avait pas jugé utile de donner suite à cette plainte », poursuit Me Arakemian. Sauf que Jean-Armel Le Gall a la rancune tenace. Et déposa une nouvelle plainte fin juin 2006.
La suite logique d’un véritable acharnement. Dès mars, le proviseur avait interdit l’entrée du lycée à Gabriel au prétexte qu’il faisait l’objet d’une procédure judiciaire. En mai 2006, il fit voter par un conseil de discipline son exclusion définitive. Sanction jugée illégale par le rectorat de Paris. « Désavoué par son administration, souligne Me Arakemian, le proviseur a voulu se tourner vers la justice. » Une rancune que n’a pas goûtée le tribunal, la présidente a choisi sans hésiter la relaxe.
Source : l'Humanité - Laurent Mouloud
Edition du 10 avril 2007