La France fait la guerre en Afghanistan
Kaboul . Le largage de bombes par un Rafale, en soutien aérien à des troupes US au sol, illustre la dangereuse compromission de Paris.
« Un Rafale s’élance dans un bruit de tonnerre de Douchanbé, capitale du Tadjikistan, en direction de l’Afghanistan voisin : trois heures plus tard, il larguera une bombe (...). Le fleuron de l’armée de l’air française a connu dimanche son baptême du feu, lors de la première opération du chasseur-bombardier en situation de conflit. »
Non, vous ne rêvez pas : ce morceau de propagande militariste est une dépêche, datée de dimanche dernier, de l’Agence France presse. À l’instar du journaliste de l’AFP, le commentateur des images diffusées le soir à la télévision reprenait la même logomachie de camelot guerrier... commentant avec délectation ce qui, en fin de compte, est d’abord un acte délibéré de mort mené avec une arme de guerre, une bombe de 500 kg.
Ainsi, au détour d’un communiqué de guerre, a-t-on appris, comme en passant, que notre pays a franchi un pas de plus dans sa participation à la guerre états-unienne menée par l’OTAN en Afghanistan. « Cessons de regarder les relations de l’OTAN et de l’Union européenne en terme de concurrence car nous ne sommes pas aujourd’hui, et ne serons pas demain, dans une situation où nous nous disputerons la gloire et la possibilité de régler un conflit », avait proclamé en juin 2006 la ministre française de la Défense, Michèle Alliot-Marie. Quelle gloire ? Celle d’avoir participé à une entreprise de destruction dont le seul résultat tangible est la relégitimation - comme héros de la résistance - des nervis taliban, de leurs amis, les seigneurs de guerre et les trafiquants de drogue, auprès de la population afghane ? Et celle de participer à la mission d’expérimentation « en réel » de l’utilisation de l’OTAN comme force de frappe internationale pour le compte de l’hégémonisme états-unien ? Le secrétaire général de l’Alliance atlantique l’avait reconnu le 30 mai de l’an dernier en avouant : « Il est absolument vital pour le peuple afghan et pour l’Otan que nous réussissions. »
Dix mois plus tard, le bourbier sanglant s’étale et les aviateurs français, à défaut d’apporter la paix, se transforment en publicitaires de marchands d’armes : « Dassault disait : si un avion est beau, il vole bien, Eh bien, celui-là est beau et il vole très bien », s’est abaissé à « communiquer » dimanche à Douchanbé, le lieutenant-colonel Louis Péna, « patron », selon l’AFP, du détachement des six chasseurs bombardiers français présent sur cette base ex-soviétique qui a largement servi durant la première guerre d’Afghanistan dont on sait l’issue catastrophique !
Des milliards de dollars avaient été promis au lendemain de la chute des taliban par la « communauté internationale ». Les paysans afghans n’en ont pas vu grand-chose. L’argent est allé dans les poches d’un pouvoir corrompu et de seigneurs de guerre amnistiés puis repartis en guerre contre la population. Pendant ce temps, la production d’opium afghan a connu un nouveau record l’an dernier avec 6 100 tonnes, de quoi couvrir à 92 % les « besoins » des trafiquants du monde entier...
Source : l'Humanité - Michel Muller
Edition du 4 avril 2007