Matignon bloque le décret de privatisation de Gaz de France

Publié le par Resistencia

Préalable indispensable à un mariage avec Suez, le décret ouvrant la voie à la privatisation de l'opérateur gazier tricolore attend toujours la signature du Premier ministre, Dominique de Villepin. Ce contretemps rend peu probable la tenue des assemblées de fusion avant la fin du mois de juin.

A six semaines de l'élection présidentielle, le décret ouvrant la voie à la privatisation de Gaz de France attend toujours la signature du Premier ministre. A Bercy, Thierry Breton poussait pourtant pour que cette dernière étape « administrative » soit franchie au plus vite. « Avant d'éteindre la lumière, je veux que les décrets d'application des lois que j'ai fait voter soient tous pris », confiait récemment le ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie. Dominique de Villepin est semble-t-il moins pressé.

Depuis la fin du mois de janvier, le chef du gouvernement hésite à prendre une décision constituant certes un préalable indispensable à la fusion Suez-Gaz de France, mais ne sécurisant en rien l'opération elle-même, puisque le Conseil constitutionnel a reporté celle-ci au-delà du 1er juillet 2007, après les prochaines échéances électorales. Publier le décret de privatisation aujourd'hui est prendre le risque de rouvrir un débat ultrasensible en pleine campagne présidentielle. Or ni le Premier ministre ni le candidat de l'UMP, Nicolas Sarkozy, ne le veulent. En matière de politique industrielle, l'un et l'autre considèrent que le dossier Airbus a donné suffisamment de « biscuits » au camp socialiste, et qu'il serait risqué d'alimenter une nouvelle polémique.

En soi, le rapprochement entre Suez et Gaz de France n'est pas suspendu à la signature rapide du décret de privatisation. Mais ce nouveau contretemps remet clairement en cause le calendrier annoncé par les deux entreprises. Il rend en tout cas peu probable la tenue de leurs assemblées de fusion aux dates prévues : le 21 juin pour Suez, le 25 pour Gaz de France. Car, dans cette hypothèse, les deux groupes seraient tenus de convoquer leurs conseils d'administration respectifs un mois plus tôt et, au préalable, les familiers du dossier estiment que deux mois seraient nécessaires pour mener à bien la procédure d'information des instances représentatives du personnel.

Dans l'idéal, cette dernière devrait donc débuter dès la mi-mars, une fois connus les résultats annuels des deux entreprises (ceux de Gaz de France doivent être dévoilés mardi). Or, d'expérience, les représentants des salariés n'accepteront de discuter du projet de fusion que s'ils disposent de toutes les pièces du dossier, à commencer par le fameux décret de privatisation. « Sans décret, les syndicats auront beau jeu de dénoncer le caractère précipité de la concertation, prévient un observateur. On risque de mettre de nouveau le doigt dans l'engrenage des procédures judiciaires, comme celles qu'on a connues à l'automne. »

En attendant d'y voir plus clair, les entreprises font profil bas. Evoquant rapidement le sujet hier, le PDG de Suez, Gérard Mestrallet, a répété que la fusion avec Gaz de France constituait « la meilleure des options stratégiques », et s'est dit « déterminé à mener ce projet à son terme ». S'agissant du calendrier, il s'est contenté d'indiquer que l'opération était « entre les mains » de l'Etat, principal actionnaire de Gaz de France : « Pour qu'une fusion ait lieu, il faut que les deux entreprises le veuillent, c'est le cas (...) et il faut que les deux actionnaires le veuillent aussi, a-t-il observé. Puisque du côté de Gaz de France il y a un actionnaire principal, qui est l'Etat, alors il reviendra à l'Etat, qui va changer de chef, de se prononcer. »


Source : les echos - PASCAL POGAM
09 mars 2007
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Publié dans Politique en France

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