Les salariés réclament leur part du gâteau
Bons payeurs pour eux-mêmes, les patrons restent pingres avec leurs salariés. Les augmentations de salaires, discutées à l’occasion des négociations annuelles obligatoires (NAO) dans les entreprises dépassent rarement 2,2 %. Les dividendes versés aux actionnaires des 40 plus grosses sociétés françaises progressent, eux de 23 %. Les augmentations que s’octroient les dirigeants s’apparentent à de la provocation. La CFDT Banques dénonçait il y a peu les « primes faramineuses » attribuées aux dirigeants des Caisses d’épargne à l’occasion de la création de Natixis, « alors que les salaires minima restent à des niveaux indécents ». On est loin du « donnant donnant » cher à la candidate socialiste Ségolène Royal.
Les conflits se multiplient
Depuis plusieurs semaines, les conflits se multiplient dans les entreprises pour tenter de peser sur les négociations. Ainsi, les salariés de la Snecma ont organisé mardi un mouvement de grève à Corbeil, dans l’Essonne, pour exiger 300 euros de plus. « Quand on demande aux salariés ce qui leur manque, on tourne autour de cette somme », témoigne Frédéric Bourges, délégué syndical CGT. La direction, elle, n’accorde qu’un maigre 1,4 % et se livre au chantage en cas de refus de signature. « Le patron menace de retirer 0,5 % si personne ne signe », ajoute le militant. Les salariés des maisons de Champagne, dans l’Est de la France, sont plus chanceux puisque l’augmentation concédée pour 2007 atteint... 1,5 %, tout juste le niveau prévu de l’inflation. Pas suffisant au regard « des 321,6 millions de bouteilles vendues » en 2006, a justifié Patrick Leroy, secrétaire général CGT des métiers du champagne, en tête de la manifestation organisée mardi. Chez Areva NC, branche nucléaire du groupe Areva, le blocage est total. La direction concède 1,8 %. Pas plus. Le même taux est imposé aux salariés de Sanofi-Aventis, qui ont mené plusieurs semaines de lutte en expliquant que les bénéfices net du groupe pharmaceutique ont progressé eux, de 11,1 %. Il a fallu plusieurs mouvements de grèves, sur plusieurs sites pour imposer à la direction du groupe Renault Truck de réviser sa première proposition et passer de 1,5 % à 2,2 %.
Depuis la modération salariale imposée aux salariés en échange de la mise en place des 35 heures, les salaires restent en panne. Le rapport 2006 du Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale (CERC) a révélé que 4 salariés sur 10 voient chaque année baisser leur salaire individuel. Le rapport de l’INSEE publié en mai 2006 démontre un effondrement des salaires de tous les débuts de carrière.
Flexibiliser le salaire
Alors que la pauvreté s’étend dans le salariat, la plupart des directions d’entreprises refusent d’engager de réelles négociations sur les salaires. « Elles se contentent, dans la plupart des cas, d’un réajustement par rapport au niveau du SMIC », explique Marie-Pierre Iturrioz, chargée des questions salariales à la CGT. Hier, Gérard Larcher, ministre délégué à l’emploi, a examiné avec les partenaires sociaux le bilan sur le niveau des salaires minima depuis l’augmentation du SMIC de juillet dernier. Quarante branches de plus de 5 000 salariés démarrent encore leur grille salariale en deçà du SMIC.
En fait, la plupart des employeurs négligent volontairement la négociation sur le salaire collectif. Après être parvenus à annualiser le temps de travail, ils veulent renouveler l’opération avec la rémunération. Ainsi, les directions d’entreprises privilégient la négociation sur les « revenus annuels garantis » (RAG), c’est-à-dire une annualisation du salaire qui permet de payer plus ou moins selon les périodes en fonction de l’activité. « Sauf que les loyers, l’essence, la nourriture sont des dépenses incompressibles que le citoyen doit payer chaque mois », dénonce Marie-Pierre Iturrioz. Le patronat mise aussi systématiquement sur les augmentations individuelles, dépendantes des bénéfices de l’entreprise, donc fluctuantes et surtout, largement attribuées à la tête du client, en fonction du mérite si cher au candidat libéral Nicolas Sarkozy.
Source : l'Humanité - Paule Masson
Edition du 22 février 2007