Japon - Pendaisons dans le secret et froide cruauté
L’archipel a renoué tout récemment avec la pratique des mises à mort.
Ils étaient au nombre de quatre, respectivement âgés de 77, 75, 64 et 44 ans. Le 25 décembre 2006, ils ont été pendus par ordre du ministre japonais de la Justice nouvellement désigné, Nagase Jinen. Son prédécesseur, Sugira Seiken, bouddhiste pacifiste, avait observé une sorte de moratoire. Ce qui ne souleva aucune protestation au sein de la population, pourtant favorable dans sa très grande majorité (à plus de 80 %) à l’assassinat d’État, selon les sondages.
Durant un autre moratoire, qui a duré quatre ans - précisément de 1989 à 1993 -, le taux de meurtres était tombé à son plus bas niveau, avec 1 215 cas pour 100 000 habitants.
La cruauté froide du système nippon donne un caractère encore plus effroyable aux exécutions : les condamnés ne sont prévenus de leur supplice que peu de temps avant leur assassinat, qui peut intervenir à tout moment. Le choix des suppliciés semble se faire au hasard, les dates d’exécution étant du domaine du secret d’État. Les familles des suppliciés ne sont pas informées à l’avance et, souvent, elles ne le sont pas de la mort.
Actuellement, quatre-vingt-dix personnes se trouvent dans le couloir de la mort. Le plus âgé des condamnés s’appelle Tomizo Ishida : il a quatre-vingt-cinq ans. La vie quotidienne dans le couloir de la mort est un calvaire encore pire que celui de la condition des condamnés à mort états-uniens. Outre une privation sensorielle quasiment totale, les visites des familles sont rares, très difficiles à obtenir et toujours effectuées sous surveillance policière. Les condamnés n’ont pas le droit de regarder la télévision, et le droit de lire est strictement réglementé. Après des dizaines d’années d’isolement quasiment total, plusieurs condamnés ont perdu la raison.
Le Japon revendique le statut de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. L’abolition de la peine capitale par les autorités de Tokyo ne serait-il pas un moyen honorable et un signe de maturité politique pour encourager les nations abolitionnistes à favoriser la réalisation de ce voeu ?
Source : l'Huma - M. M
Edition du 1er février