Les profs de nouveau prêts à en découdre
Éducation . La participation à la grève du 8 février se confirme dans l’éducation. Prenant les devants, la Seine-Saint-Denis a déjà lancé les grandes manœuvres.
Gare à une situation qui pourrait devenir explosive. C’est le SNALC-CSEN, positionné à droite, qui alerte ainsi Gilles de Robien dans un communiqué par lequel ce syndicat, rarement vindicatif, appelle à faire grève le 8 février. C’est dire si le climat se réchauffe dans l’éducation. Mis en cause par les déclarations des politiques, craignant de voir leur « outil » cassé du fait des suppressions de postes, les profs sont remontés comme des diables en boîte.
5 500 POSTES EN MOINS
Hier, les cinq fédérations de l’éducation - la FSU, la FERC-CGT, l’UNSA éducation, le SGEN-CFDT et la FAEN - ont confirmé leur appel à se joindre à la grève de la fonction publique du 8 février. « Il n’en va pas seulement du pouvoir d’achat », résumait Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, alors qu’une étude publiée en janvier montre que celui des profs du secondaire a baissé de 20 % en vingt ans. « Ce sont toutes les problématiques de l’école que nous voulons rendre visible ce jour-là. »
À commencer par celle de la carte scolaire, qui promet 5 500 postes de moins dans les collèges et les lycées à la rentrée prochaine. Le « rabot Copé », résumait Samy Driss, secrétaire national de l’UNSA éducation, faisant référence aux 3 058 équivalents temps plein supprimés sur préconisation du ministre des Finances. « Le gouvernement substitue la notion d’égalité des chances à celle d’égalité des droits qui a toujours prévalu dans les services publics », commentait Daniel Vandevyvere, secrétaire général adjoint de la FERC-CGT, tandis que Jean-Luc Villeneuve, pour le SGEN-CFDT, notait les « répercussions négatives » à craindre pour les élèves.
Bref, le front se ressoude face au ministre de l’Éducation, dont les projets ne passent décidément pas. Ceux visant à favoriser la bivalence disciplinaire ou encore la mobilité géographique sont plus que jamais contestés. De même que ses « provocations » concernant l’apprentissage du calcul (voir notre édition du 23 janvier) ou de la lecture en primaire.
Et il n’en va pas uniquement des fédérations chaperonnes. Mardi soir, les 15 syndicats du second degré, y compris ceux de l’enseignement privé, annonçaient leur participation à la journée du 8 février. Représentant à eux tous 99 % de la profession, leur unité avait déjà payé le 18 décembre dernier. Pas loin d’un prof sur deux avait fait grève ce jour-là (un sur trois, selon le ministère de l’Éducation). La manifestation nationale, qui a rassemblé entre 25 000 et 30 000 personnes samedi à Paris, a transformé l’essai.
LE TRAUMATISME DE 2003
Au reste, certains n’en peuvent plus d’attendre. Chauffée à blanc, la Seine-Saint-Denis a déjà lancé les grandes manoeuvres. Depuis lundi, une grève tournante s’est engagée, à l’appel du SNUipp-FSU, dans les écoles du département. Les enseignants réclament des « créations de postes massives ». Une autre est prévue aujourd’hui dans le secondaire, cette fois, à l’appel du SNES 93, de SUD éducation, de la CGT et de la CNT.
Hier, à Nice, il y a quinze jours dans les Bouches-du-Rhône... d’autres actions s’amorcent, qui laissent penser que le traumatisme du long et coûteux mouvement de 2003 commence à s’effacer. Les profs semblent prêts, de nouveau, à en découdre.
Edition du 25 janvier 2007