Côte d'Ivoire - Les députés de l'opposition menacés de radiation

Publié le par Resistencia

Dans un nouveau pied-de-nez à la communauté internationale, les députés ivoiriens pro-régime ont "adopté" jeudi un texte permettant l'exclusion de tous les parlementaires de l'opposition qui refusent de prendre part aux "sessions" controversées de l'Assemblée.

A l'initiative du président du parlement Mamadou Koulibaly, les députés favorables au président Laurent Gbagbo ont
voté une modification du règlement intérieur du palais qui prévoit la radiation pure et simple des absents ou ceux dont les déclarations "porteraient atteinte à la représentation nationale".

Cette modification intervient alors que les représentants de l'opposition ignorent et boycottent les travaux d'une assemblée dont la légitimité n'est plus reconnue par l'Onu depuis la mi-décembre, date à laquelle a pris fin le mandat des députés.


Selon ce texte, un membre de l'Assemblée nationale qui manque trois séances plénières sans excuse est "interpellé". S'il en manque une quatrième, ses indemnités sont suspendues et il est considéré comme démissionnaire.

"Un député ou groupe de députés qui, par une déclaration publique, renie son mandat, porte gravement atteinte ou remet en cause l'existence de l'Assemblée, (...), suivie du boycott de ses travaux, s'expose (...) à la suspension des indemnités et l'interdiction de réapparaître au palais", toujours d'après ce règlement revu et corrigé par le parti présidentiel, le Front populaire ivoirien (FPI).

Ces mesures pourront être levées si le ou les députés mis en cause "renoncent" à leurs propos. Dans le
cas contraire, ils "seront considérés comme démissionnaires d'office".

Le texte, taillé sur mesure, a été "adopté" dans un hémicycle à moitié vide
, en l'absence des principaux visés, la centaine de parlementaires de l'opposition qui refusent de siéger.

Il sonne comme une provocation pour la communauté internationale et vient compliquer encore un peu plus la tâche du Premier ministre Charles Konan Banny.

L'assemblée alimente en effet la chronique politique ivoirienne depuis la mi-janvier, avec la décision du Groupe de travail international (GTI, organe chargé de suivre le processus de paix ivoirien) de ne pas prolonger le mandat des députés.

Cette décision avait provoqué de violentes manifestations des "patriotes" (partisans du régime), principalement dirigées contre l'Onu, et le président Gbagbo avait peu après prolongé unilatéralement le parlement (dominé par le FPI) "dans toutes ses fonctions".

Convoqués par M. Koulibaly, l'un des plus fervents supporteurs du chef de l'Etat, les députés pro-régime ont depuis lors participé à plusieurs "sessions" à chaque fois boycottées par l'opposition qui les a qualifiées de "mascarade".

Ces réunions se sont déroulées dans une apparente indifférence de la communauté internationale comme du Premier ministre.

En annonçant mi-mai la suspension des salaires des députés absentéistes, M. Koulibaly avait suscité l'ire et le désarroi des concernés qui ont tenté, jusqu'à présent sans succès, d'obtenir l'intervention du Premier ministre en leur faveur.

Quelques-uns d'entre eux, mécontents de ce "lâchage" de M. Banny avec lequel ils s'étaient pourtant montrés solidaires, avaient paru tentés par un retour sur les bancs de l'hémicycle, mais ils pourraient revenir sur cette attitude, alors qu'ils sont désormais menacés de radiation.

Quant au Premier ministre, il pourra difficilement rester sans réagir, mais risque ainsi de tomber dans la confrontation tant souhaitée par M. Koulibaly, et qu'il avait pris soin jusqu'à aujourd'hui d'éviter.

Source :
jeuneafrique
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Publié dans Politique mondiale

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