À Paris Store, les sans-papiers se font mettre à la porte
Discriminations . Embauchés sciemment par la société Paris Store, une vingtaine de salariés en situation irrégulière sont aujourd’hui menacés de licenciement et d’expulsion.
Loin du 13e arrondissement ou de Belleville, les supermarchés asiatiques Paris Store sont beaucoup moins exotiques. Le 23 avril, au siège de l’entreprise, à Thiais, (Val-de-Marne), dix-sept salariés, d’origine malienne, et Giang Leang, leur directeur, sont arrêtés à la suite d’un contrôle d’identité, sur demande du procureur de la République. Cette descente de police, organisée dès le lendemain du premier tour de l’élection présidentielle, se poursuit par une garde à vue de plus de vingt-quatre heures.
Tous sans titre de séjour régulier, certains de ces employés de Paris Store recouvrent leur liberté immédiatement après leur garde à vue, un arrêté de reconduite à la frontière en prime. Les autres sont auditionnés par le tribunal de grande instance de Créteil, trois jours après leur interpellation, puis sommés de quitter le territoire français. Ceux-là verront leur poursuite annulée pour vice de procédure. Le 2 mai, l’ensemble des salariés passe en appel au tribunal administratif de Melun, mais quinze d’entre eux se voient déboutés. Les deux autres étant soit marié à une Française, soit père d’enfants nés sur le territoire.
Depuis hier, l’employeur, qui n’aura pas longtemps été inquiété alors qu’il a signé des contrats de travail à des sans-papiers en connaissance de cause, convoque les 17 salariés pour des entretiens préalables à un licenciement. C’est à partir de cette date, et pour toute la semaine, que les salariés ont organisé la mobilisation devant la porte de l’entreprise. Ces derniers, dont les contrats n’ont pas été suspendus, et qui, pour certains, résident en France depuis plus de dix ans, ne perçoivent plus de salaires depuis leur arrestation.
« Aujourd’hui, le directeur se dédouane en faisant croire qu’il ne savait pas, explique Thierry Lagaye, secrétaire général de la CGT-Rungis. Ces travailleurs sont à jour de leurs cotisations à la sécurité Sociale, au régime de retraites et de leurs impôts. Leur seul tort est de ne pas avoir de titre de séjour et d’avoir utilisé des faux », poursuit le responsable syndical. Pour Fousseyni, Abou et les autres, cette affaire n’est ni plus ni moins que de la discrimination de la part de leur employeur. Non seulement parce qu’ils sont d’origine africaine, mais aussi parce qu’ils sont syndiqués. « On vide entre quatre et cinq containers par jour et on ne gagne qu’entre 800 et 900 euros », explique Diakité, à Paris Store depuis 2001. « Ce sont eux qui occupent les tâches les plus ingrates, ils sont sous-payés par rapport à leurs responsabilités », estime Laurent Rosseeuw, délégué syndical CGT de l’entreprise. Seule consolation, tous les salariés concernés sont en CDI. Un contrat qu’ils sont bien décidés à honorer. Dans un premier temps, c’est leur régularisation et leur réintégration qu’il faut gagner. « Moi, j’ai été régularisé et je viens soutenir mes frères. » Saco est un ancien de Paris Store. Aujourd’hui, il travaille chez Metal Couleur Système...
Source : L'humanité - Ludovic Tomas
Edition du 5 avril 2007