Le ras-le-bol des infirmières

Publié le par Resistencia

Santé . Journée d’action et manifestation hier pour une revalorisation à Bac + 3 des diplômes et l’augmentation des salaires pour une profession en crise.

C’est Roselyne Bachelot, fraîchement nommée ministre de la Santé, de la jeunesse et des sports, qui a ouvert hier la saison sociale du nouveau gouvernement. Huit organisations d’infirmières appelaient à la grève et à une manifestation nationale à Paris pour réclamer la revalorisation de leur formation, et son corollaire une hausse des salaires. Aujourd’hui, les étudiants infirmiers effectuent trois ans et quatre mois d’études et de stage, pour un diplôme d’État reconnu seulement à bac + 2. Ils demandent « la reconnaissance de la formation initiale à un niveau licence (bac + 3) avec intégration de la filière infirmière dans un parcours universitaire LMD » (licence, mastère, doctorat). Pour les six syndicats - CI, SNII, CNI, Sud santé sociaux, Snics FSU, Snies Unsa Éducation, l’Unaibode (infirmières de blocs opératoires), et l’Ufmict (CGT), rejoints par les étudiants de l’UNEF - une reconnaissance salariale doit découler de cette reconnaissance professionnelle. Sud met en garde contre la « smicardisation de la profession ».

la profession n’est pas attractive

« Infirmières mal formées, patients mal soignés », proclament les banderoles. Étudiants, infirmières scolaires, hospitalières, la variété des organisations qui appelaient hier à la grève montre l’ampleur de la crise qui secoue le métier. « Sans moyens, sans perspectives, avec des conditions de travail dégradées, la profession n’est pas attractive et ne parvient pas à fidéliser », explique Christophe Freychet, infirmier et secrétaire général de la CGT de l’hôpital psychiatrique Perray-Vaucluse, dans l’Essonne. « Il y a une véritable hémorragie de notre profession », explique Josepha Guarinos, infirmière aux urgences du centre hospitalier d’Aix-en-Provence, et vice-présidente de la CNI. « Les conditions de travail se dégradent à vue d’oeil, et au bout de la chaîne, il y a le patient ». Gisèle, une de ses collègues d’Aix : « La population, souvent très compatissante, nous dit : "Ah, vous faites un beau métier", mais nous en sommes revenus : notre métier est de plus en plus technique, nous avons de plus en plus de responsabilités, et nous n’avons plus le temps d’être disponibles. Aux urgences, on fait de l’abattage. »

Marie, drapeau de la FSU sous le bras, est infirmière scolaire dans un lycée de Tours. « Nos missions sont très larges, notre responsabilité vis-à-vis des élèves très importante. Tout le monde est d’accord pour dire que nos conditions de travail sont dures, même chez nous. » Avec trente ans d’expérience dans la fonction publique - elle a commencé sa carrière à l’hôpital - Marie gagne 1 800 euros net par mois.

pénurie dramatique d’infirmières

Annick Touba, secrétaire générale du SNIL, un syndicat d’infirmières libérales, est venue soutenir ses consoeurs salariées. « Il y a de plus en plus d’initiatives syndicales unitaires, le gouvernement devrait s’en inquiéter. Il y a une pénurie dramatique d’infirmières, c’est l’avenir de la santé qui est en jeu. Les infirmières se prennent dans la figure les insuffisances de notre société, les maladies, la fin de vie ». Dominique Lahbib, secrétaire générale de l’UFMICT-CGT, craint de voir le gouvernement accorder la reconnaissance du diplôme à une partie seulement des infirmières. « 400 000 infirmières dans la fonction publique qu’il faudra faire passer de catégorie B à catégorie A, cela va coûter cher, et c’est pour cela que le gouvernement rechigne. Mais il est urgent de reconnaître le niveau de formation initiale des infirmières ».

Camille, étudiante, manifeste avec 25 autres élèves infirmiers de l’institut de formation rattaché à l’hôpital Perray-Vaucluse. « Pendant nos stages, on a une idée des conditions de travail et des tensions sur les effectifs. On est exploité en stage, pour 120 euros par mois, on est amené à faire tout dans des services où il y a une infirmière pour 30 patients. C’est loin de la conception du métier qu’on nous apprend à l’école, mais ça nous donne envie de nous battre ».

Source : l'Humanité - Lucy Bateman
Edition du 25 mai 2007

Publicité

Publié dans Politique en France

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article