La légitimité syndicale dans le viseur du nain de jardin !
Pour la « nouvelle droite » aujourd’hui aux commandes, la remise en cause de la légitimité syndicale est l’une des clés de la révolution néoconservatrice.
« Ce n’est pas la rue qui gouverne », acte II. Claude Guéant, directeur de campagne de Nicolas Sarkozy et probable futur secrétaire général de l’Élysée, a donné le ton ce week-end, en estimant que les syndicats ne pourraient pas « aller contre l’avis » de la majorité d’électeurs qui ont choisi Nicolas Sarkozy sur « un projet extrêmement clair ». « Les syndicats, a-t-il insisté, ne représentent que 8 % des salariés alors que ce sont 85 % des Français qui se sont exprimés le 6 mai. » Conclusion : le nouveau président de la République a « la légitimité pour tout faire ». Et il ne devrait pas s’en priver.
Dès le printemps 2006, tirant leçon de la crise du CPE, Nicolas Sarkozy avait clairement exposé sa « méthode » pour « réformer » et « moderniser » le pays.
Le préalable, pour conduire la révolution néoconservatrice qu’il appelle de ses voeux : annihiler les résistances sociales et réduire l’influence syndicale dans le monde du travail. D’où la volonté d’instaurer, vite, un « service minimum » dans les services publics en cas de grève ou encore d’en finir avec « la règle dépassée qui donne le monopole de la représentation de syndicats au premier tour des élections (professionnelles - NDLR) aux cinq grandes centrales syndicales » (1). Dans la même veine, l’économiste Pierre Cahuc, inspirateur du « contrat de travail unique » prôné par Nicolas Sarkozy, proposait même, jeudi dernier, dans un texte publié par le quotidien économique la Tribune, d’aller plus loin en « réduisant la participation des syndicats à la gestion de missions de service public » comme la gestion de l’assurance chômage et celle de la formation professionnelle, dont il juge la « réforme » incompatible avec le maintien de l’actuel système paritaire.
Autre proposition défendue, pendant la campagne, par l’UMP, directement inspirée du Trade Union Act adopté outre-Manche en 1984 sous l’impulsion de Margaret Thatcher : l’organisation d’un vote à bulletin secret au bout de huit jours en cas de grève dans les administrations, les universités et les entreprises privées « pour savoir si la majorité veut, ou non, continuer le mouvement ». Sous-entendu : les mouvements sociaux sont nécessairement le fait de minorités agissantes, par opposition à la « majorité silencieuse » que le nouveau président prétend aujourd’hui incarner.
Toutes ces remises en cause doivent aller de pair, pour la « nouvelle droite » aujourd’hui au pouvoir, avec la promotion d’un « syndicalisme moins conflictuel ». « L’évolution du monde syndical est l’une des clés de la transformation française », affirmait François Fillon le 13 mai 2006 en faisant le pari de l’émergence d’un « pôle réformiste ». Le même, se félicitant de la méthode qu’il a éprouvée en 2003 pour conduire à son terme sa réforme des retraites, jugeait « la fermeté politique aussi capitale que la capacité d’écoute » et louait les vertus du « diagnostic », socle de l’efficacité de la « pédagogie » libérale.
Second front, une fois cette « évolution du monde syndical » acquise : la promotion du recours au « contrat » plutôt qu’à la loi, le législateur n’intervenant qu’en dernier recours, en cas d’impossibilité de conclure des accords entre « partenaires sociaux ». Les syndicats de salariés, privés d’outils pour construire des rapports de forces, seraient ainsi enfermés dans un face-à-face inégal avec le MEDEF. Sans arbitrage de la puissance publique en faveur de l’intérêt général. Quant au « rythme » des « réformes », il doit être « soutenu », répète Nicolas Sarkozy. Question, a-t-il expliqué, de « cohérence » de son projet de refondation sociale et de restructuration du marché du travail. Il s’agit, surtout, de faire vite. Avant que ne soit usé l’argument de la légitimité des urnes.
(1) Nicolas Sarkozy, discours lors d’une réunion des cadres de l’UMP consacrée à « la réforme », 13 mai 2006.
Source : l'Humanité - Rosa Moussaoui
Edition du 15 mai 2007
« Ce n’est pas la rue qui gouverne », acte II. Claude Guéant, directeur de campagne de Nicolas Sarkozy et probable futur secrétaire général de l’Élysée, a donné le ton ce week-end, en estimant que les syndicats ne pourraient pas « aller contre l’avis » de la majorité d’électeurs qui ont choisi Nicolas Sarkozy sur « un projet extrêmement clair ». « Les syndicats, a-t-il insisté, ne représentent que 8 % des salariés alors que ce sont 85 % des Français qui se sont exprimés le 6 mai. » Conclusion : le nouveau président de la République a « la légitimité pour tout faire ». Et il ne devrait pas s’en priver.
Dès le printemps 2006, tirant leçon de la crise du CPE, Nicolas Sarkozy avait clairement exposé sa « méthode » pour « réformer » et « moderniser » le pays.
Le préalable, pour conduire la révolution néoconservatrice qu’il appelle de ses voeux : annihiler les résistances sociales et réduire l’influence syndicale dans le monde du travail. D’où la volonté d’instaurer, vite, un « service minimum » dans les services publics en cas de grève ou encore d’en finir avec « la règle dépassée qui donne le monopole de la représentation de syndicats au premier tour des élections (professionnelles - NDLR) aux cinq grandes centrales syndicales » (1). Dans la même veine, l’économiste Pierre Cahuc, inspirateur du « contrat de travail unique » prôné par Nicolas Sarkozy, proposait même, jeudi dernier, dans un texte publié par le quotidien économique la Tribune, d’aller plus loin en « réduisant la participation des syndicats à la gestion de missions de service public » comme la gestion de l’assurance chômage et celle de la formation professionnelle, dont il juge la « réforme » incompatible avec le maintien de l’actuel système paritaire.
Autre proposition défendue, pendant la campagne, par l’UMP, directement inspirée du Trade Union Act adopté outre-Manche en 1984 sous l’impulsion de Margaret Thatcher : l’organisation d’un vote à bulletin secret au bout de huit jours en cas de grève dans les administrations, les universités et les entreprises privées « pour savoir si la majorité veut, ou non, continuer le mouvement ». Sous-entendu : les mouvements sociaux sont nécessairement le fait de minorités agissantes, par opposition à la « majorité silencieuse » que le nouveau président prétend aujourd’hui incarner.
Toutes ces remises en cause doivent aller de pair, pour la « nouvelle droite » aujourd’hui au pouvoir, avec la promotion d’un « syndicalisme moins conflictuel ». « L’évolution du monde syndical est l’une des clés de la transformation française », affirmait François Fillon le 13 mai 2006 en faisant le pari de l’émergence d’un « pôle réformiste ». Le même, se félicitant de la méthode qu’il a éprouvée en 2003 pour conduire à son terme sa réforme des retraites, jugeait « la fermeté politique aussi capitale que la capacité d’écoute » et louait les vertus du « diagnostic », socle de l’efficacité de la « pédagogie » libérale.
Second front, une fois cette « évolution du monde syndical » acquise : la promotion du recours au « contrat » plutôt qu’à la loi, le législateur n’intervenant qu’en dernier recours, en cas d’impossibilité de conclure des accords entre « partenaires sociaux ». Les syndicats de salariés, privés d’outils pour construire des rapports de forces, seraient ainsi enfermés dans un face-à-face inégal avec le MEDEF. Sans arbitrage de la puissance publique en faveur de l’intérêt général. Quant au « rythme » des « réformes », il doit être « soutenu », répète Nicolas Sarkozy. Question, a-t-il expliqué, de « cohérence » de son projet de refondation sociale et de restructuration du marché du travail. Il s’agit, surtout, de faire vite. Avant que ne soit usé l’argument de la légitimité des urnes.
(1) Nicolas Sarkozy, discours lors d’une réunion des cadres de l’UMP consacrée à « la réforme », 13 mai 2006.
Source : l'Humanité - Rosa Moussaoui
Edition du 15 mai 2007
Publicité