Afghanistan - Encore un raid américain sur un village
kaboul . Face à la colère de la population, le Sénat réclame une date butoir pour le retrait des forces étrangères, responsables de la mort d’une centaine de civils en moins de deux semaines.
Les « bavures » contre les civils victimes des bombardements aériens des forces de la coalition internationale ou de combats terrestres se multiplient en Afghanistan. Selon les autorités de Kaboul, près d’une centaine de personnes ont été tuées en moins de deux semaines. Dernière action meurtrière en date, le pilonnage d’un village de la province de Helmand, dans le sud-ouest du pays, dans la nuit de mardi à mercredi, qui s’est soldé par la mort d’au moins vingt et un civils, selon le gouverneur de la province. Un bilan beaucoup plus lourd, selon les villageois, qui parlent de trente-huit tués et de plus d’une vingtaine de blessés. Le commandement de l’OTAN à Kandahar, responsable des opérations militaires dans le sud du pays, a affirmé ne pas être impliqué dans un quelconque bombardement d’appui dans ce secteur, renvoyant ainsi la balle aux forces américaines.
critiques du président hamid karzaÏ
Ce raid survient une semaine jour pour jour après des critiques du président afghan, Hamid Karzaï, à l’égard de la communauté internationale. Poussé par la montée de la colère et des manifestations récupérées souvent par la mouvance des taliban, il avait qualifié d’« inacceptables » les lourdes pertes infligées aux populations civiles.
En mars dernier, dix-neuf personnes avaient été abattues par des soldats américains dans l’est du pays. La patrouille qui venait, quelques minutes plus tôt, d’échapper à un attentat à la bombe, avait alors ouvert le feu contre une foule de civils à proximité. Le Pentagone avait présenté ses excuses. Ce qui n’empêcha pas les forces américaines de mener quelques semaines plus tard, à la fin du mois d’avril, de nouveaux raids aveugles provoquant la mort d’une cinquantaine d’autres civils dans une vallée du district de Shindand, dans l’ouest de l’Afghanistan.
Les répercussions sur le plan politique reflètent l’exaspération des Afghans. Le Sénat a approuvé mardi une motion, adoptée à une écrasante majorité, demandant au gouvernement d’ouvrir des pourparlers directs avec la guérilla des taliban et d’autres mouvements d’opposition pour tenter d’arrêter la spirale de la violence. Le texte réclame que l’action militaire soit employée seulement dans les cas de défense. « Si une opération se révèle nécessaire, elle devrait s’effectuer en coordination avec l’armée et la police nationales et en consultation avec le gouvernement », est-il écrit. La motion exige aussi une date butoir pour le retrait des troupes des États-Unis et de l’OTAN. Ce qui constitue un sérieux revers pour Washington embourbé, comme en Irak, dans son intervention militaire. Ses alliés de l’Alliance atlantique tentent de sauver les meubles. Réunis mardi à Bruxelles, les chefs d’état-major des vingt-six pays membres ont estimé qu’il fallait « un engagement plus poussé » du gouvernement afghan dans les opérations militaires.
Source : l'Humanité - Dominique Bari
Edition du 12 mai 2007