« Libérée », Nathalie Ménigon est rattrapée par le parquet
Action directe . Hier, après que la justice a soumis l’ex-membre d’AD à un régime de semi-liberté, le ministère public a fait appel du jugement.
Ce n’était certes pas la liberté mais un horizon dégagé - pour partie - des barreaux d’une prison qu’on lui proposait. Hier, le tribunal d’application des peines de Paris avait répondu favorablement à la deuxième demande de libération conditionnelle de l’ancienne membre d’Action directe (AD), Nathalie Ménigon. Cette juridiction, seule habilitée à statuer sur les détentions dans les dossiers de terrorisme, avait soit la possibilité de refuser, soit de prononcer un régime de semi-liberté avant une libération sous contrôle judiciaire (une procédure rendue obligatoire par les dernières lois Perben, dès lors que le détenu a été condamné à la perpétuité ou à une peine assortie d’une période de sûreté).
C’était finalement cette deuxième voie qui avait trouvé la faveur des juges. Une « bonne nouvelle » saluée notamment par Me Jean-Louis Chalanset, avocat de Nathalie Ménigon, qui aura fait long feu puisque le parquet a immédiatement fait appel de ce jugement. « Même si le projet de semi-liberté semble bien ficelé, cet appel est logique dans une affaire politique sensible », a-t-on indiqué à l’AFP. Comprendre : juridiquement tout y est, mais c’est politiquement que ça coince. Conséquence, la cour d’appel examinera le dossier d’ici un à deux mois. En attendant, la détenue âgée de cinquante ans et partiellement handicapée suite à des attaques cardio-vasculaires, ne prendra pas la route, sous bonne escorte, qui devait la conduire le 22 mai prochain vers le centre de semi-liberté de Toulouse-Seysses. « L’acharnement de l’État à l’encontre des militants d’AD se révèle dans toute sa dimension revancharde avec cette prolongation de la détention », souligne Alain Pojolat du collectif « Ne laissons pas faire », dont le combat concerne au même titre les autres anciens d’AD, Jean-Marc Rouillan, Georges Cipriani et Régis Schleicher, toujours en détention. « Ils ont des projets professionnels et des dossiers d’aménagement de peine tout aussi solides que celui de Nathalie », a poursuivi le militant, qui devait participer à un rassemblement, hier en fin d’après-midi, devant le siège de l’administration pénitentiaire à Paris.
Pour l’heure, Nathalie Ménigon va attendre en prison le prochain examen de son cas par la juridiction d’appel - pour mémoire, trois demandes de suspension de peine et une demande de conditionnelle lui ont pour le moment été refusées - qui mettra son jugement en délibéré, repoussant d’autant le moment d’une sortie enfin à portée d’espoir.
Source : l'Humanité - Edition du 11 mai 2007