Nicolas Sarkozy veut mettre en oeuvre la refondation sociale rêvée par le MEDEF
Accusant les 35 heures, les charges et les impôts tout en protégeant les fonds financiers et les grands groupes, le MEDEF et l’UMP mettent à mal les PME et prônent une fiscalité de la rente.
L’UMP et le MEDEF partagent de nombreuses analyses. Le constat est particulièrement vrai concernant d’une part, les petites et moyennes entreprises (PME) dont le problème n° 1 serait, selon Nicolas Sarkozy et Laurence Parisot, les 35 heures et les impôts, et d’autre part la fiscalité.
1. Les PME
De manière générale, les représentants de la droite française et du patronat obèrent complètement les deux problèmes majeurs des PME que sont les délais de paiement et les charges financières. Partant du poids réel des petites et moyennes entreprises dans l’économie (les PME représentent 63 % de l’emploi total et 53 % de la valeur ajoutée) et de leur difficulté à développer l’emploi, l’UMP et le MEDEF rejettent de façon systématique la responsabilité sur les 35 heures, les charges sociales et les impôts. « Les 35 heures ont été une catastrophe pour les entreprises », aime à rappeler Laurence Parisot. « Les 35 heures ont été une catastrophe, il faut bien le dire, généralisée pour l’économie française », a martelé Nicolas Sarkozy lors du débat de mercredi, rappelant que « les 35 heures coûtent 17 milliards d’euros chaque année pour empêcher les gens de travailler ». De même, Laurence Parisot cite « la lourdeur des procédures administratives et fiscales et la rigidité du marché du travail », quand Nicolas Sarkozy affirme que « le développement des PME françaises passe d’abord par une simplification de leur environnement juridique et fiscal ».
Dans l’ordre des priorités, tous deux omettent sciemment les factures impayées des grands groupes, dont ceux du CAC 40, aux PME. Elles représentent 600 milliards d’euros de manque à gagner pour les PME. « Les retards de paiement sont extrêmement fréquents en France », souligne le rapport annuel 2006 de l’Observatoire des délais de paiement (ODP). Il s’agit d’un « problème quasi endémique de l’économie française », estime le document rédigé sous la présidence de Jean-Paul Betbèze, directeur des études économiques au Crédit agricole et membre du Conseil d’analyse économique (CAE). Pour les petites et moyennes entreprises (PME) de 20 à 249 salariés, « la moitié de leurs créances leur seront payées dans un délai équivalent à plus de 59 jours de chiffre d’affaires et 25 % à plus de 82 jours ».
Comme remède à leur sérieux problème de financement, UMP et MEDEF renvoient les PME vers les fonds d’investissement, parlant à l’unisson d’« investisseurs providentiels» (« Business angels » aux États-Unis). Laurence Parisot indiquait récemment que « la France compte encore trop peu d’investisseurs providentiels (business angels) ». Nicolas Sarkozy entend, lui, « multiplier les investisseurs providentiels ».
2. La fiscalité
À la demande du MEDEF, l’imposition des patrimoines rentiers a beaucoup évolué depuis cinq ans. À Bercy, Nicolas Sarkozy a oeuvré pour favoriser les gros patrimoines issus souvent des placements boursiers. Sur les successions, un abattement général de 50 000 euros a été créé et l’abattement de 46 000 euros a été revalorisé à 50 000 euros. Il avait à l’époque dit vouloir faciliter la transmission d’un patrimoine accumulé tout au long d’une vie. Il oubliait de dire qu’il y avait déjà moins de 25 % des successions qui étaient taxables du fait d’abattements préexistants. Les mesures fiscales de Nicolas Sarkozy n’ont donc bénéficié qu’à moins d’un quart des successions, celles des plus riches. Côté impôt sur les donations, Sarkozy, encore, a introduit une donation en franchise d’impôt. Cette mesure s’adressait à ceux qui avaient déjà épuisé leurs droits à abattements antérieurs, c’est-à-dire moins de 10 % des contribuables. Mercredi, face à Ségolène Royal, le candidat de la droite française a dit : « dès le mois de juillet, je supprimerai les droits de succession et de donation ». Contrairement à ce que prétend Nicolas Sarkozy, il y a bien une « fiscalité de droite » et une « fiscalité de gauche ».
Source : l'Humanité - Sébastien Ganet
Edition du 4 mai 2007