Files d'attente, contestations : à Issy-les-Moulineaux, les machines à voter ont fait râler nombre d'électeurs
"Et bien sûr, on ne voit pas Santini (le maire UDF de la ville), s'agace Liliane Vernimmen, retraitée. Pour les municipales, on ne va pas le rater !" Isabelle Estrade-François, adjointe au maire et présidente de ce bureau surchargé, est fatiguée : "Le taux de participation est le seul responsable. La machine est rapide, mais reste inactive quand on recherche le nom de l'électeur sur le cahier d'émargement." Elle a demandé un deuxième exemplaire de ce cahier, en vain. Ses assesseurs ont calculé que pour permettre aux 1 097 inscrits à ce bureau de voter, il faudrait "que chaque personne vote en 39 secondes".
Au Palais des arts et des congrès d'Issy, les files d'attente sont bien plus modestes, et la présidente du bureau 32 est sereine. "Chez nous, tout se passe bien, c'est peut-être un coup de bol", sourit Jacqueline Quilici, conseillère municipale UMP. Si elle n'était pas hostile à l'utilisation des ordinateurs de vote, elle concède que "cette mesure ne fait pas l'unanimité, même dans notre camp". "Mais avec Santini, il vaut mieux ne pas l'ouvrir."
A l'école élémentaire Jules-Ferry, au bureau 19, l'ambiance est décontractée. Un électeur passe par là. Levant les yeux au-dessus de ses lunettes rectangulaires, il s'applique à démonter l'utilité de machines "périmées dans deux ou trois ans". "D'un point de vue financier, ce n'est pas terrible. En plus, on ne peut pas assister à ce qui se passe dans cet engin." Ces inquiétudes sur la transparence reviennent inlassablement et remplissent les procès verbaux de nombreux lieux de vote. Lionel Just, président du bureau, qualifie ce premier tour de "mise en bouche". "Le 6 mai, tout le monde saura faire."
Dans la même cour, au bureau 37, la file est plus importante. Le président n'est autre que Laurent Pieuchot, farouche opposant au vote électronique. Il explique l'absence d'attente de certains bureaux par "les dispositifs pris par certains responsables, qui s'assoient sur les procédures pour accélérer le mouvement". Ce qui est le cas pour le bureau 15, où Jean-Pierre Perrin, adjoint au maire, déclare "adapter le contrôle d'identité pour éviter l'attente". M. Pieuchot évoque ni plus ni moins "une régression démocratique". "Pour M. Santini, nous sommes les empêcheurs de jouer au Game Boy. Mais pourquoi aller plus vite ? Il faut réfléchir plus sereinement. Aux Etats-Unis, ils prennent le chemin inverse ! Je ne comprends pas."
Au bureau numéro 1, avant les résultats, la déléguée du Conseil constitutionnel déclare n'avoir vu "aucun problème majeur", en réponse à un représentant du PS qui évoque des "doubles votes et une somme d'irrégularités". A 20 h 45, les derniers électeurs du bureau 5 font encore la queue derrière la grille. Les derniers ne verront pas le soleil se coucher.
Source : LE MONDE | 23.04.07